dimanche 8 février 2009

Diversité Artistique : dans le cinéma

L'expressionnisme est un mouvement artistique et littéraire qui a rapidement influencé le cinéma. Suite à la Première Guerre Mondiale, l'Allemagne produit une série de films dont la thématique et l'esthétique rejoignent toutes deux l'expressionnisme pictural et littéraire. En effet, les représentation cinématographique regroupent les tendances de toutes les formes d'arts nordique depuis le Moyen-âge qui se révèlent pendant les périodes de changement social ou de crise spirituelle.
Comme en littérature, les films expressionnistes déforment la réalité en l'exagérant. Ils ajoutent à l'évocation de la vision sombre de la vie une dimension paranormale liée à l'utilisation de faux décors en studio ( l'Allemagne est en ruine et le retrait dans le studio permet d'échapper à la réalité qui leur fait face ). Mais également grâce au maquillage et au jeu des acteurs qui sont exagérés, ainsi que la lumière qui est très expressive ( grâce notamment à l'utilisation de l'ombrage et du clair-obscur ). L'utilisation de la couleur par la teinture de la pellicule, les angles de caméra étranges, l'utilisation de caches afin de créer de nouveaux cadres, ainsi que la prolifération de lignes obliques ( présences d'escaliers, de fenêtres, de portes ) et de lignes courbes ( comme les arches, par exemple ) renforcent cette idée de fantastique obscur, donnant froid dans le dos et révélant l'angoisse et l'anxiété dont sont pris les personnages et ensuite qui déteignent sur les spectateurs.
Le cinéma allemands de l'époque révèle l'état d'esprit des allemands : la défaite de 1918 a affaiblit l'espoir national et l'état socio-économique de l'Allemagne est en chute libre. Les sujets de scénarios sont alors très sombres, voire lugubres. C'est alors que naît véritablement le cinéma de l'horreur.
Durant les années 1920 à 1930, beaucoup de cinéastes connurent un franc succès, je pense à Robert Wiene en 1919 avec Le Cabinet du docteur caligari ( résumé : Dans une fête foraine, vers 1830, le docteur Caligari exhibe Cesare, un somnambule. Celui-ci prédit à un étudiant, Alan, qu'il vivra jusqu'à l'aube. Il est en effet assassiné dans son lit. Son ami Francis soupçonne Caligari. La jeune fille que convoitaient Alan et Francis est enlevée par Cesare. Poursuivi, le somnanbule s'écroule après avoir abandonné son fardeau. Francis poursuit Caligari qui se réfugie dans un asile de fous, dont Caligari s'avère être le directeur et Francis un des patient ainsi que la jeune fille convoitée... ) et à Murnau en 1922 avec Nosferatu ( résumé : À Wismar en 1838, Thomas Hutter, un jeune clerc d'agent immobilier ayant fait un heureux mariage avec Ellen, doit partir en Transylvanie afin de vendre une propriété au Comte Orlok qui désire avoir une résidence dans la ville. Durant la transaction, Orlok aperçoit une miniature d'Ellen qui le fascine et décide d'acquérir le bâtiment qui lui est proposé. Hutter, hôte du comte, ne tardera pas à découvrir la véritable nature de celui-ci. Alors Nosferatu cheminera vers sa nouvelle propriété, répandant la mort et la désolation par la peste dans son sillage. Ellen bientôt en proie aux mains griffues de Nosferatu qui la convoite, laissera le comte faire d'elle sa victime et sacrifie son sang au vampire pour sauver la ville frappée par la peste.) et enfin à Fritz Lang en 1927 avec Métropolis ( résumé : 2026, Metropolis symbolise la mégalopole futuriste, organisée selon un système de castes. Les ouvriers travaillent dans la ville basse, manipulant des machines nuit et jour, dans le seul but d’assurer le bonheur des bourgeois de la ville haute. Un savant fou, l’hybride Rotwang, met au point un androïde à l’apparence féminine, qui exhortera les ouvriers à se rebeller contre le maître de la cité : Joh Fredersen ).
Cependant, cet atmosphère de peur mêlé à l'angoisse a obscurcit la vision du monde de l'Allemagne et l'arrivée au pouvoir d'Hitler tomba à pic. Ce dernier fit mourir ce cinéma après la proclamation du III° Reich. Les années noires de la Seconde Guerre Mondiale passèrent et emmenèrent avec elles le travail des compositeurs et artistes avec elles.
Plus tard, les cinéastes Herzog, Wernders, Peterson et Tykwer donnèrent au cinéma expressionniste l'opportunité de réapparaître avec leurs films respectifs Fitzcarraldo en 1982, Les Ailes du désir en 1988, Das Boot en 1981 et Lola Rennt en 1998.
De nos jours ce sont les cinéastes Hitchcock, Welles, Proyas et Burton qui rendent hommage à cette époque du cinéma qui donna naissance aux films d'épouvantes de notre génération.



Nosferatu
envoyé par imineo




Diversité Artistique : dans la littérature

Si l'expressionnisme a touché les Arts il a évidement touché aussi la littérature dans les années 1910 à 1920, en Allemagne principalement. En effet, à cette époque les écrivains allemands écrivent en réaction contre le matérialisme en recherchant une plus grande vision spirituelle de la vie, mais dénotent cependant une vue pessimiste de la destinée humaine. Il est vrai que tout va mal pour l'Allemagne et les autres pays d'Europe centrale qui connaissent le début de la Première Guerre Mondiale, suivie de la révolution d'octobre en Russie et de l'effondrement du Reich. Les écrivains n'ont alors plus le choix, faire passer une idéologie de renouveau et de fraternité pour ne pas tomber dans l'apocalypse. Le conflit des générations est, pour certains écrivains du mouvement, une des manifestations de la remise en cause des valeurs traditionnelles (le Fils, 1914, de Walter Hasenclever).
Les philosophes tels que Kierkegaard et Nietzsche ont une vision révoltée et parfois exaltée de la société et du monde dans lequel ils vivent. Dans le Gai Savoir, Nietzsche rejette non seulement les valeurs religieuses et traditionnelles de la morale bourgeoise, mais aussi l’idéalisme qui domine jusqu’alors la philosophie allemande. Sa vision poétique d’un nouveau type d’être humain, principal représentant d’une société radicalement transformée, est présentée dans son œuvre capitale, Ainsi parlait Zarathoustra (1883) : il y dote cet homme nouveau, le « surhomme », des meilleures qualités de l’individu actif, et en fait l’expression suprême de la « volonté de puissance », qui est pouvoir sur les autres, mais plus encore pouvoir sur soi, affirmation de soi et puissance créatrice.
Naît alors le discours engagé qui prend parti contre les valeurs de la société bourgeoise et capitaliste. Leurs idées se rapprochent dangereusement du communisme, de l'anarchisme ou du pacifisme et dénoncent l'aliénation de l'homme face à l'emprise croissante de la technologie.
De même que les philosophes cités précédemment, la thématique des écrivains ne varient que très peu : violence, foule, grandes villes, machines et usines ainsi que l'imaginaire, les mythes et le fantastique remplissent des centaines de pages. Les écrits dit "expressionnistes" tendent à provoquer chez le lecteur un choc émotionnel violent. Les auteurs dépassent l'apparence pour atteindre la vérité cachée des choses et des êtres. On trouve une abondance en images et allégories ; la syntaxe est malmenée, saccadée, discontinue ; il y a une réel rupture dans le code narratif : absence d'un point de vue unique et de linéarité dans le récit, va-et-vient permanent entre registre descriptif et poétique. Toutes ces caractéristiques permettent aux artistes et littéraires de décrire des émotions par l'exagération, la déformation, l'idée fantastique au moyen de l'application discordante, violente ou dynamique d'éléments formels ; d'exprimer des points de vue subjectifs et des états d'esprits. Elles permettent également l'exploration des thèmes chargés d'émotion et d'utiliser les possibilités expressives des moyens pour transmettre la peur, l'angoisse, l'horreur ou encore de traiter des sujets sombres de manière intense et hallucinatoire. Les compositions sont toujours instables et agitées, reflétant la frustration, l'anxiété, le dégoût et une intensité des sentiments en réponse à la banalité brute et aux contradictions que les compositeurs ont rencontrés dans leur vie.

dimanche 1 février 2009

L'Expressionnisme : une révélation artistique allemande









L'expressionnisme se définit comme une tendance artistique, concrétisée principalement à la fin du XIXe siècle et jusque vers 1925. Celle-ci s'est développée dans l'atmosphère de malaise et de troubles qui précéda la guerre de 1914 et se présenta, au point de vue pictural, comme une nette réaction à l'impressionnisme, dont l'objectivité et l'optimiste scientifique sont désormais rejetés. 
L'Allemagne est la terre d'élection de l'expressionnisme et le mouvement des idées dans la seconde partie du XIXe siècle annonce une attitude nouvelle devant l'oeuvre d'art. En même temps, les références culturelles se transforment : toute l'Europe redécouvrit ses " primitifs " au moment où les arts exotiques ( Afrique, Océanie, Amérique du Nord, Extrême-Orient ) relayaient le classicisme gréco-romain. Les allemands interrogèrent leur gothique ainsi que Guinewald ( 1ère monographie en 1911 ), les belges, Bruegel, les français, les fresques romanes et les retables au XVe siècle. On redécouvre Greco. La variété de ces sollicitations explique la diversité des oeuvres, d'autant plus que les précurseurs immédiats de l'expressionnisme viennent d'horizons différents : le norvégien Edvard Munch, le néerlandais Vincent Van Gogh, le belge James Ensor, le français Toulouse-Lautrec ( Moulin Rouge ).   

Même si nous sommes aujourd'hui en mesure, grâce au recul historique nécessaire, de distinguer aisément les artistes dans leur diversité de styles ainsi que dans leurs différences, il subsiste toutefois toujours certaines imprécisions quant à savoir quels artistes doivent être classés parmi les expressionnistes en tant que représentants caractéristiques. Le terme d'expressionnisme est même devenu si suspect aux yeux de certains historiens d'art et d'hommes de lettres qu'ils l'ont complètement banni. De même, pour certains artistes que nous traiterons ici, l'expressionnisme n'a représenté qu'une période limitée dans le temps et courte à divers égards à l'intérieur de l'ensemble de leur évolution artistique. 
Wassily Kandinsky en est certainement ici l'exemple le plus radical : son expressionnisme de la période jusqu'à l'année 1914 le conduira à pas conséquents vers la peinture abstraite. 

L'expresssionnisme ne s'en est pas tenu aux Beaux-Arts, même si sa signification et son influence n'ont atteint autant d'envergure que dans ce domaine. Nous trouvons également une volonté expressionniste dans la littérature ( que nous verons parallélement ), le théatre, les décors de théatre et la danse, le cinéma bien sur ( que nous analyserons dans un second temps ) et l'architecture. C'est au niveau des interprètes que l'on peut le mieux procéder à une classification unanime du phénomène dans le temps. 

L'année de fondation de la communauté d'artistes " Die Brucke " à Dresde, en 1905 et jusqu'à la fin des agitations révolutionnaires d'après guerre vers 1920, font souvent souvent figure de pilliers délémitant le début et la fn de ce mouvement en Allemagne. Pourtant, les avis divergent sur cette période, la faisant reculer ou avancer de 5 années. Ca ne signifie aucunement qu'il n'a pas été peint, écrit ou construit de façon expressionniste après 1920. 
Karl Schmidt-Rottluff est un exemple conséquent, après avoir trouvé son style expressionniste, celui-ci y est resté fidèle tout au long de sa vie. La période de 1905 à 1920 désigne ainsi spécifiquement les années durant lesquelles les évènements politiques et le climat social ont trouvé dans le style expressionniste une expression artistique adéquate, cette période pendant laquelle l'expressionnisme a marqué l'esprit de l'époque de par son empreinte. De même que les peintures et lithographies d'Henri Toulouse-Lautrec, un des célèbres et réputés précurseurs de ce courant, ont reflété la société parisienne de la " Belle époque " avide de plaisirs, tout en y laissant une empreinte sur l'ambiance de cette époque. 

Cependant, les caractéristiques globales et typiques marquant le style expressionniste sont vagues et imprécises. Ce qui parait évident, en considération des différences formelles existant entre l'art, la littérature et le cinéma; cette objection est également valable si l'on désire comparer les peintres entre eux. Quand nous considérons les tableux d'Ernst ludwig Kirchner, de Kandinsky, d'Oscar Kokoschka ou bien d'Otto Dix, les contrastes et éléments les séparant semblent prendre le pas sur une ressemblance stylistique reconnaissable. En effet, l'expressionnisme se révèle être davantage l'expression d'une conception de la vie ressentie par une jeune génération qui était uniquement unanime quand au rejet des structures sociales et politiques dominantes. 
Ay moyen d'une communauté de vie simple, propre à la création et seulement dictée par le rythme de la nature, les expressionnistes créèrent un monde utopique s'opposant à la société régie de façon artificielle par le procès de travail industrialisé et réglementée par le système wilhelmien. Pour eux, cette confrontation allait en général de pair avec l'émancipation personnelle. La plupart des jeunes expressionnistes provenaient de familles dites bourgeoises et c'est justement parmi elles que ce système avait trouvé ses représentants les plus fidèles. 
Les impressionnistes allemands réunis à la "Berliner Secession" déterminèrent le paysage artistique de la fin de l'ère wilhelmienne et revendiquèrent, encore jusqu'au début de la Première Guerre mondiale de représenter à eux seuls l'art moderne en Allemagne. Pour la jeune génération d'artistes expressionnistes, cette variante allemande dérivée de l'impressionnisme français ne pouvait pas constituer un modèle. En contrepartie, les expressionnistes trouvèrent leurs modèles marquant surtout dans les oeuvres de Vincent Van Gogh mais aussi chez Paul Gauguin, Henri Matisse et Robert Delaunay, chez James Ensor et Munch. En outre, les expressionnistes voyaient dans l'essai de Van Gogh de réaliser une communauté de travail et de vie à Arles et dans le voyage ultérieur de Gauguin à Tahiti, un modèle vécu de leur propre idéal de communauté de vie. Van Gogh fut le médiateur décisif dans leur réception de la peinture moderne française. Au début, presque tous se soumirent à son influence, et certains de telle manière qu'Emil Nolde conseilla même à ses amis artistes de ne pas choisir le nom " Brucke " , mais de " Van Goghiana ". Cependant, alors que le groupe " Der Blaue Reiter " et les artistes rhénans reprenaient avec enthousiasme la théorie orphique des couleurs de Delaunay, les peintres du groupe " Die Brucke " trouvaient en Munch et Ensor leurs prochains modèles, qui aspiraient tous deux à une transformation psychologique de l'impression vécue, au delà de la simple sensation de la réalité. Le fait que dans ce contexte , les peintres du groupe " Die Brucke " renient même toute ressemblance avec les " fauves " ou avec Munch peut passer pour une tentative compréhensible d'affirmer la position autonome de leur propre art, mais on trouve jusque dans le courant des années 60, des jugements analogues, même dans la littérature spécialisée allemande comme conséquence d'un faux désir de s'affirmer soi même par rapport à l'art en France. 

Toutefois, cet enthousiasme pour la peinture moderne française était justement une des rares caractéristiques qui reliait entre eux les diverses associations et les artistes indépendants de l'expressionnisme allemand. En revanche, la comparaison des groupes " Die Brucke " à Dresde et à Berlin, et " Der Blaue Reiter " à Munich, peut mettre en évidence de façon exemplaire les grossières différences que l'expressionnisme pouvait d'autre part réunir. Ce n'est que pour le groupe " Die Brucke " que l'on peut parler d'une réunion d'artistes travaillant, et vivant en partie en commun. " Der Blaue Reiter " par contre n'a jamais été prévu en tant que nom de groupe choisi par les artistes eux mêmes; il était plutôt le titre destiné à l'Almanach publié par Kandinsky et Franz Marc en 1912. Ainsi, l'origine de ce mot signifiant le " Cavalier Bleu " est simultanément caractéristique de l'expressionnisme bien plus intellectuel et marqué par des manifestes et des déclarations écrites des allemands du sud. En ce qui concerne les artistes du groupe " Die Brucke " ( signifiant " Le Pont" ), on vit moins apparaître le reflet de leurs propres actes et de leurs  buts artistiques; ces artistes essayèrent de fixer leurs expériences sensuelles et leurs impressions visuelles de façon la plus immédiatement picturale possible. 

Ces positions artistiques contraires empêchèrent, malgré tous les efforts d'Erich Heckel et de Marc, une approche plus approfondie ainsi que la réalisation d'activités fondamentales communes. 

L'évènement de la Première Guerre mondiale prit le visage d'une expérience extrêmement marquante pour le mouvement expressionnisme. Les artistes attribuèrent des forces cathartiques à la guerre accueillie dans toute l'Allemagne avec un enthousiasme nationaliste, forces qui devaient détruire l'ancien ordre ressenti comme opprimant, pour reconstruire des ruines une meilleure société. En qualité de soldats combattants sur le champs, ils recherchèrent la grande expérience commune d'une jeunesse qui surmontent les barrières bourgeoises traditionnelles. Max Beckmann, Kirchner, Heckel, Macke, Marc, Kokoschka, Dix et beaucoup d'autres se portèrent volontaires, nourrissant aussi l'espoir de trouver de nouvelles impressions vierges pour leur peinture. 
Seulement, peu d'expressionnistes témoignèrent de cet enthousiasme général envers la guerre. Max Pechstein, George Grosz, Ludwig Meifner et Conrad Felixmuller en faisaient partie. Cependant, plus la guerre de position se prolongeait, plus d'autres artistes changèrent aussi de point de vue. En effet, c'est ainsi que la peinture de Dix se transforma en accusation contre le militarisme et la bourgeoisie. Kirchner, Beckmann et Kokoschka ne supportèrent guère l'horreur de la guerre des tranchées, s'effondrèrent physiquement et moralement et furent renvoyés chez eux. Beaucoup d'autres artistes parmi les expressionnistes encore jeunes succombèrent sur le champs de bataille, tels que Marc, Macke ou bien Wilhelm Morgner.   

C'est un 7 juin 1905, où, quatre étudiants en architecture de Dresde, Fritz Bleyl, Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel et Karl Schmidt-Rottluff fondèrent le groupe d'artistes " Die Brucke ". Ses membres étaient en partie des amis proches et de longue date. Kirchner et Bleyl pratiquaient leurs études depuis 1902 à l'institut saxon du nom de Sachsische Technische Hochschule et s'entraînaient ensemble durant cette période à dessiner et à peindre. Heckel et Schmidt-Rottluff se connaissaient depuis leur tendre enfance et avaient poursuit leur scolarité dans le même établissement à Chemnitz. En 1904, ils débutèrent à leur tour des études d'architecture à Dresde. C'est par le biais du frère aîné de Heckel qu'ils entrèrent en contact. 
Certes, leur position isolée vis à vis de l'institut technique semble avoir cependant favorisé leur association et leur attirance envers la peinture, bien qu'ils aient choisi des études d'architecture juste pour pouvoir justifier le soutien financier de leurs parents. Mais il est certain que Bleyl, Kirchner, Heckel et Schmidt-Rottluff avaient longuement cherché par leurs démarches, à entrer en contact avec les autres communautés d'artistes du romantisme allemand. 
Ainsi, " Die Brucke " naquit du désir de reconnaissance et d'amitié qu'ils recherchaient dans la communauté de vie et de travail formée par des éléments de même esprit, que la société bourgeoisie ne pouvait donner à des peintres jeunes, et qui plus est, sans formation académique. 
C'est Kirchner qui eut l'initiative de fonder la communauté d'artistes " Die Brucke ", et c'est Schmidt-Rottluff qui en inventa le nom. On se sait exactement s'il fut inspiré de façon tout à fait pragmatique par les nombreux ponts de Dresde, ou il considéra le pont comme une sorte de métaphore, y voyant une certaine transition pouvant conduire vers d'autres rivages de l'art. Ce n'est que grâce à quelques notes prises durant un conversation par Heckel en 1958 que nous apprenons certains détails. 
Bleyl, qui, peu avant la fondation, avait en 1905 obtenu son diplôme d'architecte en même temps que son compagnon, Kirchner, quitta dès 1907 le groupe pour s'installer à Freiberg en Silénie pour y devenir professeur à l'école d'architecture. D'autres artistes s'y joignirent cependant, mais en partie seulement pour une courte durée, au groupe " Die Brucke " . Nolde se présenta entre Février 1906 et vers la fin de l'année 1907, en tant que membre actif de la communauté. De même, plusieurs peintres étrangers se ralièrent, certainement pour souligner le caractère international du groupe, sans pour autant y participer activement. 

Le contraste entre " Die Brucke " et " Der Blaue Reiter " n'est en aucune part plus apparent que dans la manière dont les artistes faisaient refléter leurs oeuvres sous forme de compositions et manifestes. Face, aux multiples déclarations détaillées, faites en particulier par Kandinsky, on ne retrouve cependant qu'un seul programme, provenant des artistes de Dresde. En 1906, Kirchner avait taillé le texte ainsi que la vignette du frontispice dans du bois: " Dans la croyance en l'évolution, en une génération de créateurs tous comme de jouisseurs, nous en appelons à toute la jeunesse, et en tant que jeunesse qui porte l'avenir en elle, nous voulons nous créer une liberté de vie et de mouvement par rapport aux forces anciennes bien ancrées. Celui qui redonne immédiatement, et sans le falsifier, ce qui le pousse à créer, est l'un des nôtres. " L'appel des artistes demeure général , on devine cependant le conflit des générations éprouvées par les artistes, âgés à cette époque de 21 à 25 ans, ainsi que leurs efforts, dans leur isolement, pour trouver d'autres compagnons de lutte. Le désir révolutionnaire de changements sociaux, de liberté de vie et de mouvement selon la citation, par rapport à la bourgeoisie établie, se cantonne cependant dans le domaine esthétique et se limite désormais à un comportement expressif renouvelé, justement expressionniste. On cherchait une forme aussi vierge et directe que possible pour retranscrire la vérité sous forme d'abréviation picturale. L'homme lové dans un environnement naturel, à l'abri de toute industrialisation constituait l'un de leurs motifs préférés, le nu en était un autre, car une fois leurs modèles déshabillés, ceux-ci se retrouvaient en leur état initial, paradisiaque. 
Les artistes du groupe " Die Brucke " tentèrent d'adapter leur style pictural à ces efforts théoriques. Cependant, la touche pâteuse, décomposée en une application de couche de traits limita d'abord les possibilités d'une écriture rapide et spontanée. Ce n'est qu'après avoir dilué leur peinture avec de l'essence qu'ils purent, sur le front du tableau, mieux appliquer celle-ci, qui était devenue plus liquide et onctueuse, en de larges traits à l'aide d'un pinceau ou d'une spatule. Le contraste chargé de tensions formées par les surfaces de douleur complémentaires détermina dès lors la présence visuelle de ces tableaux. Les artistes du groupe " Die Brucke " ne cherchaient dans leur réunion pas seulement la communauté de travail, mais aussi de vie. Heckel, qui se chargeait des taches touchant à l'organisation du groupe en tant que gérant, découvrit en septembre 1906 une ancienne échoppe de cordonnier au numéro 65 de la rue Berliner Strabe, en plein milieu du quartier ouvrier de Dresde situé autour de la gare Friedrichstadter Bahnhof, qui, en tant qu'atelier commun, devint le foyer de l'une des évolutions les plus importantes dans l'art de notre siècle. L'amménagement de cette pièce commune, révèle déjà de façon impressionnante que l'espace de travail et l'espace vital, l'art est la vie, était indivisible. Les meubles étaient le résultat de leur propre travaux de menuiserie et décoré de motifs exotiques paints. Les tapisseries murales étaient ornées de batik , imprimées par eux-même. C'est ici que, pendant leur séances communes, ils créaient leurs tableaux, et discutaient les résultats, se récitaient mutuelement des poèmes, déclamaient Friedrich Nietzsche, et s'inspiraient et s'influençaient des manières les plus diverses et variées. Les séances de travail presque quotidienne de ces amis contribuèrent de façon presque naturelle à la formation d'un style de goupe uniforme, style, qui trouve sa forme la plus expressive dans les peintures que les artistes rapportèrent de leur séjour aux bords des étangs de Moritzburg, entre 1909 et 1911. Même pour les experst, il est aujourd'hui difficle de déterminer clairement l'auteur de certain de ses tableaux. Nous savons cependant, que le style collectif  " Die Brucke " doit ses tendances thématiques surtout à Kirchner, alors que Heckel a apporté les innovations formelles correspondantes. Ce style collectif était même le résultat auquel les artiste aspiraient consciemment dans leurs travaux en commun.   
Grâce à leur style collectif, entre temps, bien défini, ils esperaient pouvoir s'imposer dans le rude combat de concurrence des artistes berlinois. Or, seul celui qui, en tant que peintre, avait développé son propre style complètement indépendant, au cours de son oeuvre, pouvait résister à cette concurrence. Ainsi, à la suite de leur installation à Berlin, les artistes durent essayer, plus contraints que forcés, de se libérer du style collectif. Kirchner, Heckel, Schmidt-Rottluff, Pechstein et Mueller réagirent tous de manières différentes, et avec une intensité variable, à l'expérience de la grande ville. De la même manière, chacun d'eux se mit à chercher même si ce fut aussi avec une intensité différente, une compensation au chaos et à l'anonymat de la grande ville, qu'était Berlin. En particulier, les artistes passèrent les mois d'été seuls ou à deux, mais jamais plus tous ensemble, aux bords des étangs de Moritzburg près de Dresde, à Dangast au bord de la mer du nord à Nidden en Prusse orientale ou sur l'île Fehmarn de la mer baltique. 

La chronique intitulée " Chronik der KG Brucke " rédigée en 1913 par Kirchner, dans laquelle il décrivait en résumé le développement du groupe, conduisit à la rupture définitive entre artistes. Le 27 mai 1913, " Die Brucke " envoya un communiqué à ses membres passifs pour leur annoncer la dissolution du groupe.